Déclaration de l’OCFR suite à la manifestion du 11 Octobre à Paris

affiche rouge 3Hier, s’est tenue une manifestation à Paris en solidarité avec Lucie. Nous sommes d’ailleurs plutôt satisfait-e-s, car certes, de mobiliser est difficile, long, pénible, mais les attaques destructrices ont été plutôt rares et que cette manifestation aie eu lieu, que d’autres initiatives aient lieu, que des solidarités se créent, se recréent, s’approfondissent est positif.

Nous souhaitons néanmoins repréciser certaines choses.

Nous le répétons encore une fois, si nous avons mis autant de temps à parler, c’est de notre responsabilité collective.

Lucie a mis du temps à nous en parler, à nous, déjà, parce qu’elle n’avait pas confiance en nous, qu’elle n’était pas sûre qu’appartenir à la même organisation que nous signifiait qu’elle recevrait de la solidarité, que nous serions prêt-e-s à affronter la violence des faits, que nous ne les minimiserions pas.

Lucie avait raison d’avoir peur, car ça a été un cauchemar dans notre organisation et notre entourage politique proche lorsqu’elle a parlé : nous avons du essuyer trois mois et demi d’attaques, alors que nous étions affaibli-e-s par les contrecoups moraux du crime fasciste dont elle a été victime, contrecoups moraux qui étaient l’un des objectifs de ce crime.

Nous savions d’expérience ce qui allait se passer quand nous allions nous exprimer publiquement.

Nous savions que le fait qu’elle ne porte pas plainte serait l’occasion pour certaines féministes de se désolidariser, que certain-e-s la rendraient responsable des potentielles futures exactions de ce fasciste. Nous savions aussi que conserver son anonymat serait un point d’appui pour nier la véracité des faits voire l’existence même de notre camarade.

Mais si elle avait porté plainte, si nous avions levé l’anonymat, là encore, nous aurions été attaqué-e-s, parce que le comportement des femmes violées est toujours disséqué, scruté, à la recherche de la faille qui permettra de les attaquer afin de les détruire.

Par contre, nous ne nous attendions pas vraiment à ce qu’on refuse de « nous faire de la pub ». Nos solidarités n’ont pas de barrières organisationnelles et idéologiques, ne se limitent pas aux militant-e-s, d’ailleurs. Face aux violences sexistes, racistes, fascistes, islamophobes, nous essayons de faire notre travail.

Nous ne pensons pas que notre secte militante, secte militante parmi les autres sectes militantes, doive éliminer les autres parce qu’elle est la seule à détenir la vérité absolue qui mènera à la révolution. Nous pensons que l’autocritique est essentielle et espérons que celle que nous réalisons en ce moment sera entendue et servira à d’autres. Nous avons toujours été à la recherche de l’unité (et à chaque fois nous y sommes cassé-e-s les dents). Pour nous, la ligne politique prime sur l’organisation, et nous n’avons jamais hésité à briser nos outils organisationnels quand nous considérions que des contradictions devenaient trop profondes. Et nous le ferons de nouveau si nécessaire.

Nous ne prétendons pas du tout non plus être des héros et des héroïnes de la lutte anti-sexiste et de la lutte antifasciste.

Pourquoi des mobilisations en mixité

D’ailleurs, ce n’est pas de la théorie que nous partons pour construire cette mobilisation, mais de nos besoins psychologiques, de ce que nous ressentons dans nos tripes. Nous comprenons que cela puisse apparaître problématique à certaines que la manifestation aie eu lieu en mixité.

Nous ne voulons pas d’une non-mixité totale parce que nous ressentons le besoin d’une validation par le milieu antifasciste, par nos camarades de lutte et amis masculins du fait que ce qui c’est passé, c’est un crime fasciste.

S’il y a bien une chose que connaît le milieu antifasciste, c’est la violence, malheureusement. Et face à un viol, il y a deux lignes de démarcation, une ligne de démarcation féministe, et une ligne de démarcation par rapport à la violence et au fait de l’affronter.

Le milieu antifasciste est un milieu plutôt masculin, qui n’est pas exempt de travers sexistes, mais vu la façon dont les choses se sont déroulées chez nous, les leçons de morales féministes, nous ne nous en sentons pas d’en faire.

Du sexisme, du racisme, du classisme, de l’islamophobie, de la putophobie, du social-chauvinisme, nous en voyons partout autour de nous, chez nous. Il n’y a que des oppresseurs et des oppresseuses à l’aise dans leur rôle d’oppresseurs et d’oppresseuses qui peuvent se prétendre parfait-e-s.

Pourquoi la mobilisation doit partir des femmes

Ce sont les femmes qui sont victimes de viols, et ce sont les hommes qui violent. Lorsqu’un homme cis-genre ou non est violé, c’est pour être renvoyé au statut socialement dégradant de femme.

Comme l’a expliqué hier à Paris une camarade de l’AG féministe qui a organisé la manifestation, nous avons été sidérées par le nombre de femmes qui nous ont affirmé avoir elles aussi été victimes de viols lors des diffusions de tracts. Le caractère de masse du viol ne pouvait que nous sauter aux yeux dans toute sa violence systématique. C’est une question politique qui se traite collectivement.

Et dès le départ, en terme organisationnel, c’est vers les femmes que nous nous tournons. Mises en concurrence, chassées de l’espace public, économiquement bien souvent encore dépendantes des hommes, les femmes sont isolées. Elles sont également isolées face aux violences du patriarcat, face à leurs entourages qui les poussent au silence, nient, minimisent les faits, les culpabilisent, les rejettent, les considèrent comme dégradées, brisées.

Face au risque que la parole de l’une donne le courage à d’autres de parler, face au risque de devoir remettre en cause les rapports de pouvoir qui existent au sein de la famille, du groupe d’ami-e-s, de l’organisation, il faut réprimer la parole des femmes violées.

S’organiser entre meufs et trans, c’est briser l’isolement, se rendre compte que les violences que nous subissons individuellement sont des outils d’une répression systématique. C’est aussi la première étape permettant d’affronter le patriarcat ensemble.

Nous ne pensons pas que les victimes de viol se doivent d’être fortes, nous ne pensons pas, d’ailleurs, qu’on doive donner d’injonction quant à la façon dont une victime vit et traverse son traumatisme. Mais nous pensons que le collectif donne de la force. Nous savons que ce n’est pas parce que nous manifestons contre le viol que les viols s’arrêteront, par contre il apparaît évident que les solidarités que nous créons sont à mêmes de faire réfléchir à deux fois un potentiel agresseur.

Voilà pourquoi il est important pour nous de construire des espaces où les femmes et les trans sont libres de s’organiser, de déterminer leurs mots d’ordres et leurs types d’actions. Nous espérons que des femmes et les trans se saisissent de cette lutte et créent des solidarités pérennes.

Le vieux monde craque de toute part

Le capitalisme, crises après crises, ne peut plus apporter que davantage de chaos, de violences, de misère, de souffrance, de guerres.

Les guerres se multiplient car la crise affame les capitalistes : pour contrôler marchés, zones stratégiques et matières premières, ils sont prêts à sacrifier des millions de vies humaines. Au Proche Orient, en Afrique, en Ukraine, partout, les impérialistes violent et tuent.

Nous vivons dans un pays qui profite de l’impérialisme, mais nous n’en sommes pas moins nous aussi confronté-e-s à une vaste offensive contre nos droits sociaux, démocratiques. Nos rues sont sous occupation policière. Nos manifestations sont réprimées, interdites, quand le PS laisse traîner le vote du mariage pour tou-te-s à dessein, afin de mobiliser une opposition réactionnaire. Propagande islamophobe, raciste d’un côté, propagande complotiste de l’autre, tout cela afin de nous diviser, orienter nos luttes et nos révoltes dans le mur. Violences fascistes, policières, racistes, islamophobes, morts, tortures, viols.

A côté de cela, le patriarcat aussi a fait son temps. Nos familles sont recomposées, les mères célibataires élèvent seules dans la galère leurs enfants, lesbiennes, trans et gays veulent vivre leurs vies. C’est parce que nous savons et ressentons que le patriarcat est devenu un carcan pesant et inutile que sa violence nous paraît de plus en plus insupportable. De nouveaux rapports entre hommes et femmes, de nouvelles formes de solidarités familiales se dessinent, mais le patriarcat résiste et ce n’est pas spontanément ni sans une révolution que nous nous en débarrasserons.

Inutile d’espérer des lendemains heureux dans le système capitaliste, inutile aussi d’espérer qu’il s’effondre tout seul. Nous sommes tous et toutes conscientes des désastres qui se profilent et de la nécessité de mettre fin au capitalisme. Nous sommes très loin d’être à la hauteur de ces tâches, le mouvement révolutionnaire dans l’Etat français ne pèse pas grand-chose aujourd’hui dans la lutte des classes. Reconstruire ce mouvement révolutionnaire nous paraît une tâche essentielle, à laquelle nous souhaitons contribuer avec humilité.

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Solidarité avec notre camarade Lucie, violée par un fasciste !

« Salope de gauchiste, pute d’antifa »

C’est ce qu’a dit un militant fasciste à notre camarade Lucie, pendant qu’il la violait, le 9 d’aout 2013, dans la rue, alors qu’elle était à une soirée.
Pour protéger notre camarade, nous protégerons son anonymat. Nous ne donnerons pas plus de précisions, ni nom, ni localité et nous vous demandons de respecter ce choix nécessaire.
C’était clairement une attaque ciblée contre une militante antifasciste dont l’objectif était de briser le développement d’une activité antifasciste dans sa ville en la brisant elle. Ce qui a doublement échoué. C’était aussi un message adressé à l’ensemble des militant-e-s antifascistes de l’Etat français.
C’est son choix de dénoncer le crime dont elle a été victime et ce choix est une autre preuve de son courage exemplaire que nous saluons. Notre camarade souffre de séquelles physiques à vie.

Un viol, c’est un crime. Un viol commis par un fasciste, pour des raisons politiques, c’est un crime fasciste et sexiste.

Nous réaffirmons notre solidarité avec les victimes de violences et de crimes fascistes de part le monde, crimes desquels l’Etat français est solidaires et complice. L’armée s’est faite une spécialité de l’exportation de ses savoirs faire contre-insurrectionnels, l’Etat français n’a jamais reculé devant les crimes de masse, notamment contre les femmes, pour maintenir sous le joug impérialiste les populations des pays qu’elle domine. Nous réaffirmons notre solidarité avec les victimes de la répression fasciste dans l’Etat français et leurs camarades, répression fasciste qui est allée en 2013 jusqu’au meurtre.

Nous n’avons pas honte. La honte, elle est là pour nous faire taire. Aucun-e survivant-e ne peut être tenu-e pour responsable de la barbarie du système capitaliste et patriarcal. C’est cette société qui est une honte.
C’est un message de solidarité à toutes les victimes d’agressions sexistes que nous souhaitons porter. Nous refusons de considérer comme sali-e-s ou dégradé-e-s les survivant-e-s de violences sexuelles. Ce sont des camarades à part entière, des combattantes. Ce sont les agresseurs qui sont salis et dégradés.

Plus d’un an pour dénoncer un crime fasciste…

Il nous aura fallu plus d’un an pour rendre public ce crime fasciste. Le corps de notre camarade n’est pas un champ de bataille. Qu’elle soit en sécurité matérielle et morale nous paraissait essentiel et a été notre priorité.
Pour la protéger, nous avons du lutter contre les attitudes et propos réactionnaires qui se sont exprimés dans notre entourage politique proche et les effets démoralisants qu’escomptaient les fascistes en commettant cette attaque.

En tant qu’organisation, nous ne nous faisons aucune illusion sur la démocratie bourgeoise. La répression fasciste et policière, c’est un risque que nous assumons, que nous avons déjà eu à surmonter. Chaque épisode répressif que nous avons vécu a renforcé notre capacité de résistance, notre détermination. Notre camarade est un exemple de résistance, de survie, que tous et toutes peuvent saluer.

Nous sommes toujours plus déterminé-e-s à mettre à bas le système capitaliste dont les violences fascistes sont le symptôme du plus complet pourrissement. Nous avons toujours plus la volonté de briser les chaînes de l’oppression sexiste. La rage de vaincre, l’envie de lutter, nous espérons que les faits que nous exposons les renforceront chez vous également.
C’est notre insoumission aux directions bourgeoises des mouvements de masse et aux directives des préfectures qui font nos qualités et nous souhaitons être toujours plus un poison pour elles.

Valoriser l’engagement des femmes dans l’antifascisme

Idéologie fasciste et sexiste vont de pair. Les fascistes, classiquement, lorsqu’ils attaquent des militantes s’adressent avant tout aux hommes de nos organisations et de notre milieu. Menacer de viol, agresser sexuellement ou violer une militante ou la copine d’un militant, c’est dire aux antifascistes, comme l’écrit Virginie Despentes, « je baise ta meuf à l’arrachée ». C’est leur propriété qu’ils souhaitent dégrader et ce faisant, priver nos camarades de tout espace de repli et de sécurité, briser leur moral. Un viol de guerre.

Montrons à ce fasciste, montrons à tous ceux qui, fascistes, policiers, agresseurs, pensent qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent des femmes qu’elles ne sont la propriété de personne, mais des combattantes. Montrons leur combien, solidaires, en mixité ou en non-mixité, elles sont dangereuses.

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Les arrachages de voile, les agressions contre les femmes voilées, policières ou fascistes, sont des actes sexistes et racistes. Arracher un voile, c’est un attentat à la pudeur, souvent doublé de violences physiques voire sexuelles. L’Etat et les gouvernements font tout pour exclure les femmes voilées de l’espace public, par la loi, par une propagande acharnée, encouragent le rejet et les violences.
C’est réduire les femmes à un outil de reproduction que de s’attaquer aux non-blanches et aux couples mixtes. Dans l’imaginaire des réactionnaires, c’est par le ventre des femmes que passe le « grand remplacement » visant à « métisser la race blanche ».

Valoriser l’engagement antifasciste des femmes, c’est non seulement leur faire une place dans les organisations antifascistes, mais c’est aussi porte la lutte contre le racisme et l’islamophobie, avoir une pratique et des mots d’ordre résolument tournés vers les classes populaires.

Regarder la barbarie de la société capitaliste en face et serrer les rangs

Ce que notre camarade a subi nous a obligé-e-s à regarder droit dans les yeux la barbarie du système capitaliste. Nous ne pourrions prétendre être révolutionnaires en refusant d’affronter les terribles violences qu’elle engendre, car refuser de regarder la réalité dans toute son horreur, c’est se priver de mener la lutte contre ces violences.

Dans cette société qui laisse seul-e les individu-e-s, ballotté-e-s par le système capitaliste, faire face aux usures et traumatismes, nous avons besoin pour faire face de reconstruire du collectif et de la solidarité. Chaque camarade de lutte, chaque prolétaire est capable d’apporter dans la lutte pour la révolution, de nous aider à bâtir une société débarrassée de l’exploitation et des oppressions. Nous ne bâtirons pas la révolution ni le socialisme en piétinant nos camarades.

La lutte contre l’influence du sexisme dans nos organisations et nos milieux

Nous ne sentons guère à même de donner des leçons à qui que ce soit concernant l’anti-sexisme. Les retards dans notre capacité à nous exprimer publiquement sont autant le fait d’éléments extérieurs à notre organisation que d’une réalité interne bien plus retardée que celle que nous affichions fièrement.

La société patriarcale craque de partout. Mais notre culture et nos rapports sont imprégnés des rapports sexistes. L’essentiel est de le reconnaître, de ne pas se contenter d’une autosatisfaction d’oppresseurs à l’aise dans leur rôle d’oppresseurs, mais de l’affronter.
Ce n’est pas celles et ceux qui dénoncent sexisme, racisme, islamophobie, LGBTIQphobie qui sont une menace pour nos organisations mais bien ces rapports d’oppression.

Les faits que nous dénonçons ne sont exceptionnels que dans la mesure où c’est un ennemi politique qui a commis ce crime. Le viol est une réalité de masse, puisque 150 000 viols sont commis par ans dans l’Etat français. Le viol, c’est une arme de guerre utilisée contre les femmes. Et c’est une guerre qui se déroule avant tout dans les espaces affinitaires puisque 85% des viols sont commis par des personnes connues des victimes et à 60% à leur domicile.

Chaque parole publique dénonçant une agression sexiste, un viol, est une brèche dans l’omerta qu’on impose aux filles victimes de viol. Qu’elle puisse encourager d’autres femmes à parler est pour ceux qui n’ont pas la conscience tranquille un risque trop important. Voilà pourquoi nous avons du affronter les rires, l’hostilité, la minimisation des faits que dénonçait notre camarade dans notre espace politique le plus proche. En faire taire une, c’est faire comprendre à toutes qu’elles ne doivent pas parler.

L’impasse de l’antifascisme républicain

Nous tenons à pointer la responsabilité du PS dans ce qu’il s’est passé : il a laissé intentionnellement déferler les hordes réactionnaires plusieurs mois durant dans les rues de tout l’Etat français pendant le mouvement contre l’adoption du mariage pour tous. En outre, quel a été l’effet des mesures de dissolutions de groupes fascistes prises par Manuel Valls ? Un fasciste se permettait, juste après ces mesures, de violer l’une de nos camarades.

Il arrive à la bourgeoisie de réprimer ses nervis fascistes lorsqu’ils dépassent le cadre de leur mission de terreur. Mais ils sont l’un des appareils de répression de la bourgeoisie, comme l’est la police. Vaine et destructrice en terme de forces est la tactique qui consiste à aller toquer à la porte des préfectures et des mairies.
Police et justice dressent des barrières infranchissables devant les survivant-e-s d’agressions sexistes, elles sont elles-mêmes là pour maintenir l’ordre bourgeois et patriarcal.

L’antifascisme n’a pas besoin d’avoir l’air gentil, de se dépolitiser et de se tourner vers les sociaux-démocrates pour être de masse, au contraire. L’antifascisme n’est pas une question morale, c’est une question de classe, c’est une lutte contre un des bras armé de la bourgeoisie et contre les divisions qu’elle sème dans nos rangs. Les idées réactionnaires gagnent du terrain. A nous de savoir porter mots d’ordres et pratiques propres à rétablir conscience, organisation et solidarité de classe au sein du prolétariat.

Que le courage de notre camarade soit salué, que sa parole vous transmette toute sa détermination, toute sa colère, toute sa volonté de vaincre.

Face aux violences sexistes et fascistes, construisons la solidarité de classe !
Unité et solidarité contre les fascistes, sexistes et violeurs, nervis des capitalistes et du patriarcatsticker-a6-148mmx105mmL’OCFR